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Interview de Zebda : en piste pour un second tour

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Ça y est ! Après toutes ces années d'absence, le groupe Zebda revient sur le devant de la scène avec un nouvel album, Second Tour, et une tournée. On a envie de leur dire merci d'être là... La rédaction de concerts.fr s'est entretenue avec Mouss Amokrane pour faire le point.





Interview de Zebda : en piste pour un second tour
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Comment s'est passé l'enregistrement du nouvel album ?
Le nouvel album a été fait à la maison, à Toulouse autour de l'été 2010. On a travaillé les morceaux sur plusieurs mois avant d'enregistrer. Nous avons eu l'opportunité de partir à New York pendant une quinzaine de jours, pour enregistrer avec le producteur Nick Sansano (IAM et Noir Désir, ndlr) qui avait déjà travaillé sur Essence Ordinaire et Utopie d'occase. On était très à l'aise, on a l'impression de n'avoir jamais été aussi efficace. On a été pris dans l'énergie et la joie de ce retour du groupe. On ne voulait pas que se soit trop compliqué, que cela reste chaleureux et humain. Le break que l'on a fait après 2003 nous a été salutaire, on s'est dit que l'on avait eu raison. On s'est libéré d'automatismes et de réflexes conditionnés dans la structure collective. On a passé 15 ans avec Zebda à enchaîner les albums et les tournées. On avait besoin de ce break humainement.

Cet album est très homogène musicalement, il y a toujours ce son caractéristique. Les textes sont plus empreints de poésie, avec peut-être une pointe d'amertume, non?
Maintenant que l'album est fini, c'est intéressant d'avoir des retours, en dehors des proches… C'est possible qu'il y ait une dimension poétique plus affirmée. Je dirais que c'est peut-être dû à l'influence du break sur notre retour, notamment au travers de l'écriture de Magyd. Je ne pense pas que l'on ait plus d'amertume, simplement la société telle qu'elle est aujourd'hui nous conduit à ce constat. Les choses contre lesquelles on s'est toujours battu (l'ultralibéralisme, les discriminations, la stigmatisation…) sont toujours bien en place, avec le cortège de catastrophes qu'elles provoquent.

Vous êtes perçu comme une référence dans le milieu de la chanson engagée, qu'est-ce que cela fait et quel regard portez-vous sur le monde actuel ?
Pour nous il n'y a pas de posture ! On ne se dit pas qu'il faut faire un album engagé pour faire un album engagé. Cela fait partie naturellement de nous. Comme on dit souvent : "nous sommes condamnés au politique", parce que notre histoire est comme cela, et que l'on ne la dissociera pas de l'histoire de l'immigration par exemple. Nous avons la chance d'avoir la parole, de pouvoir parler de notre histoire, et de tout ce que ça implique aujourd'hui : une histoire des discriminations à la pelle, à la brouette même. Notre essence artistique passe par là ! Par cette description de la société, être partial mais en même temps le plus ouvert possible. On veut exprimer une colère, mais en même temps une tolérance…
Même pendant ce break on n'a jamais lâché l'affaire. Avec Hakim, on a monté un projet qui nous tenait à cœur, Origines Contrôlées. C'était l'occasion de travailler sur cette immigration post-coloniale et ce qu'elle représente encore aujourd'hui. Notre colère est intacte et ce n'est pas le fait d'avoir eu 25 ans ou aujourd'hui 40, le combat est le même.

En quoi la musique peut faire évoluer les choses, si elle le peut ?
Nous avons toujours dit que la musique ne peut pas changer les choses. La musique ne change pas la vie des gens, ce sont les gens eux-mêmes qui changent les choses. La musique accompagne la vie des individus, on a besoin d’une bande originale dans notre vie.
C’est un peu le rôle de l’artiste. C’est comme cela que l'on se définit : accompagner la vie des gens. Par contre, la musique peut s’inscrire dans un contexte de lutte et de non-acceptation d’un système. Elle peut être, comme l’art en général, un vecteur d’espoir. Elle peut permettre de mettre des mots sur un sentiment d’injustice, de créer un langage, de faire un lien entre les gens, de générer de l’harmonie. La musique, et notamment les concerts, peuvent permettre de lâcher un peu la pression, de faire du bien, de mettre du baume au cœur.

En plus de vingt ans, comment percevez-vous l'évolution musicale ? On a l'impression que la standardisation a gagné du terrain.
Il y a deux choses, la scène visible et l’invisible. Je ne considère pas que la scène visible est la seule. Il y a quantité de gens qui ont des choses intéressantes à proposer mais que l’on ne voit pas. La musique ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un parcours humain, un partage entre des individus qui apprennent à se connaître, à partager leur énergie, leur envie de paroles. Il existe encore dans ce pays une grande richesse musicale, avec beaucoup de jeunes et de moins jeunes, qui font ce qu’il faut pour faire exister leur parole. Mais cela est difficile parce qu’il y a un système : celui de l’industrie du disque qui s’est considérablement rétrécie. Du coup les accès à la visibilité sont plus difficiles.
Nous croyons beaucoup à l’aspect artisanal de l’aventure musicale, comme aller au contact des gens de façon humaine. Finalement l’industrie du disque, il n'y a guère qu’une soixantaine d’années qu’elle existe, alors que la musique a des milliers d’années.

Qu'est-ce que vous écoutez en ce moment ?
En ce moment par exemple, j’écoute le dernier album de Keny Arkana j'écoute aussi Casey entre autre. J'ai envie de découvrir du bon hip-hop, je suis curieux, je cherche.

Quel est votre meilleur souvenir sur scène ?
Il y a en plein, par exemple le Concert que l’on a fait en plein air dans le cadre de la fête du Panier à Marseille, c’était en été. Les gens étaient à la fois dans le public, mais aussi aux fenêtres, un côté très méditerranéen, un mélange intergénérationnel, avec par exemple de vieilles mamans qui faisaient des youyous et tapaient des mains. On avait l’impression d’être dans un salon, malgré les deux ou trois mille personnes présentes devant nous. Ce sont des moments où tu te sens emporté, utile…

Y a-t-il une salle que vous affectionnez particulièrement ?
Il y a des lieux que l’on affectionne, où l’on a toujours été soutenu. Je dirais le Bikini à Toulouse ou le Moulin de Brainans dans le Jura, mais il y en a plein.


Merci à Mouss d'avoir répondu à nos questions.
Propos recueillis par David Romano.

Zebda est en Concert dans plusieurs villes, renseignez-vous pour réserver vos places. Leur nouvel album Second Tour sort dans les bacs le 23 janvier 2012, de quoi tomber la chemise.
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