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Interview : R.Wan fait peau rouge
par Jeoffroy Vincent, 17/02/2012
Entre deux disques de
Java, R.Wan poursuit sa carrière solo depuis 2006.
Peau Rouge, troisième opus au verbe affûté, est un disque onirique, aux ambiances sonores enfumées, et aux ambitions cinématographiques. Rencontre avec un chanteur insoumis.
La pochette rappelle Rhinocéros par Ionesco, une variation théâtrale autour du totalitarisme des sociétés. Etait-ce voulu ? Chacun se fait l'interprétation qu'il veut mais, oui, il y a de cela. L'album s'appelle
Peau rouge donc il renvoie autant à la figure insoumise de l'Indien qu'à mon propre physique. Parce que c'est ce que je suis : je suis un rougeaud. Ensuite, sur
Radio Cortex (
album précédent du chanteur, NDA), il y avait déjà des variations autour de la notion de mutant dans les anciens morceaux. C'est un disque plutôt sombre qui se durcit qui s'autorise quelques libertés d'action et de réflexion. Au départ la pochette était conçue à l'opposé, à savoir une tête d'homme sur un corps de rhinocéros. Dans la vraie vie, j'ai du mal à faire avec le réel donc j'aurais tendance à incarner cette vision-là, alors que, sur scène, j'ai plutôt un corps d'homme avec une tête de rhinocéros. Mais je ne devrais pas à avoir à expliquer, la pochette est suffisamment intrigante pour susciter des questions.
L'album passe par plusieurs sphères d'influences. On y croise parfois l'esprit de Gainsbourg des débuts (Maudit sort) ou bien le Renaud gouailleur (Le CRS Mélomane)...Que représentent ces chanteurs pour vous ?J'ai énormément écouté ces deux
chanteurs, et je les adore. Les
chanteurs sont tellement importants qu'ils en deviennent presque religieux... alors qu'il y a des choses que je n'aime pas chez Gainsbourg ou
Renaud par exemple.
Melody Nelson,
L'homme à la tête de chou, ou les albums reggae de Gainsbourg, sont énormes mais j'ai une préférence pour l'artiste du début. J'adore la période
Du jazz dans le ravin.
R.Wan - Le Crs Mélomane par chaptertwo
Peau rouge commence de manière ludique. Via des chansons comme Mélodie en sous-sol, Le papier d'Arménie ou La marge, on sent que vous vouliez explorer surtout des ambiances oniriques aux limites inquiétantes? Comment les avez-vous travaillées ? On n'avait pas assez d'argent pour la production que je voulais au départ mais on a réussi à prendre le contrepied en ajoutant beaucoup de cuivres et de chaleur. Le collectif d'instrumentistes qui m'accompagne fait également beaucoup de musiques de
film. Par exemple, l'arrangeur des cuivres a composé un morceau sur
The Artist. Moi, je trouvais intéressant d'utiliser leur savoir pour faire quelque chose de plus classieux. J'adore la
musique de
films, les ambiances de François de Roubaix ou celles d'
Ennio Morricone.
Pourquoi alors ne pas avoir composé un album complètement instrumental ?Parce que moi j'écris des chansons, je compose très peu. Ce qui m'intéresse, c'est d'essayer d'évoquer des choses sur trois minutes, et de réussir l'alchimie entre le texte et la
musique.
Le Papier d'Arménie, j'ai mis un mois à l'achever : j'avais tenté plein de choses et je n'y arrivais pas. C'est en échangeant avec les musiciens que le déclic arrive.
Avais-tu déjà une idée de comment le résultat se traduirait sur scène ?Je ne peux pas avoir de cuivres sur scène, autant qu'il y a sur le disque. On a essayé de garder dans le
spectacle la tonalité onirique du disque, de la traduire par touches sans trop tomber la dedans, pour que le public ait droit également à des choses plus dansantes et plus légères.
Patricia Bonnetaud, la fondatrice du label Yelen (Tryo, La Rue Ketanou, La Ruda etc...) nous a récemment quittées. Je crois savoir que Java a fait partie aux débuts de l'aventure du label. Que vous a-t-elle apporté ?Elle nous a apporté pas mal de choses. Au début de
Java, on est arrivés avec nos maquettes et on a décroché un contrat avec Sony. On ne connaissait pas bien le métier, on n'était pas assez sûrs de nous et cela s'est mal passé. Pour le deuxième album, on a réussi à travailler avec Yelen. Patricia était quelqu'un de rock'n'roll qui connaissait le terrain et qui savait comment ce genre de groupe devait fonctionner. Lorsqu'elle s'est faite virer, on est parti aussi, et on a attendu qu'elle monte à nouveau une structure. Mais elle ne se sentait pas. J'avais énormément de respect pour elle. Sa devise était justement "
Trop de chefs, pas assez d'indiens".
Peau Rouge (Chapter Two/Wagram), disponible depuis le 6 février 2012.
R.wan est en tournée dans toute la France. Réservations disponibles sur le lien ci-dessous.© Cityvox
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